
Je me passionne en ce moment pour le discours d’un ancien trader anglais, Gary Stevenson. Il explique très clairement comment les ultra-riches sont en train de s’accaparer toute la richesse de nos pays occidentaux, et surtout, comment est-ce qu’on peut stopper ça.
Il y a cent ans, dans nos pays occidentaux, la pauvreté était la normalité pour la majorité de la population. Gary Stevenson donne l’exemple de sa propre grand-mère : il y a un siècle, à Londres, pourtant l’une des plus grandes capitales mondiales, elle a perdu deux de ses frères et sœurs de la tuberculose. Simplement parce qu’elle était pauvre, comme presque tout le monde à l’époque.
Et puis, il y a eu une espèce d’anomalie dans nos sociétés. Entre l’après-guerre et les années 90, les gouvernements ont repris du pouvoir, les plus riches ont été davantage taxés, et des gens modestes ont pu acquérir de la richesse. Une famille normale pouvait s’acheter une maison, se soigner correctement, et mettre ses enfants à l’université.
La richesse est finie
Mais depuis les années 90, on a baissé ces taxes sur les plus riches, et la richesse s’accumule de nouveau dans les mains d’une minorité. Ce qu’il est essentiel de comprendre dans son propos, c’est que la richesse est finie. Il n’y a pas un nombre infini de maisons, d’entreprises ou d’argent.
En tant qu’agricultrice, c’est d’ailleurs quelque chose que je vois très concrètement : il n’y a pas un nombre infini de terres cultivables.
Aujourd’hui, les 10 % les plus riches possèdent plus de la moitié du patrimoine en France, et le 1 % le plus riche en détient le quart à lui seul. Depuis le Covid, on assiste à une croissance absolument exponentielle de leur patrimoine. S’ils continuent de tout accumuler, mathématiquement, au bout d’un moment, ils auront tout. Cela signifie que la classe modeste et la classe moyenne vont être tirées vers le bas, n’auront plus de patrimoine, et finiront dans la pauvreté. On deviendra tous les locataires de notre propre vie.
Stevenson raconte une anecdote marquante. Lors d’un voyage en Inde il y a quelques années, il devait enjamber des familles entières dormant à même le sol sur des cartons, pour pouvoir passer de son taxi à son hôtel de luxe. Et il prévient : cette misère extrême, qui nous semble lointaine ou « normale » pour des pays comme l’Inde, finira par arriver ici si on laisse les ultra-riches continuer leur accumulation.
Le savoir, c’est le pouvoir
C’est terrifiant, mais en même temps, le savoir c’est le pouvoir. Il me semble essentiel de vraiment connaître ces notions, de les comprendre.
En France, l’économiste Gabriel Zucman propose une solution très claire : mettre en place une taxe de 2 % par an sur le patrimoine. Et il faut bien comprendre de qui on parle. Cette taxe ne concerne pas du tout « les riches » de ce pays ou les gens qui ont quelques millions. Zucman propose de taxer uniquement les patrimoines de plus de 100 millions d’euros.
C’est réservé à une autre stratosphère de richesse. En France, cela représente à peine 1 800 personnes.
Quand on sait que leur fortune grossit souvent de 10, 12 % (voire plus) chaque année, leur prendre 2 % de patrimoine par an ne va pas les mettre à terre. En revanche, récupérer 2 % sur ces 1 800 personnes rapporterait entre 10 et 15 milliards d’euros chaque année à l’État français. C’est ce qu’il faudrait pour financer nos hôpitaux ou recruter massivement des professeurs, plutôt que d’avoir des classes de 30 élèves avec zéro moyen. Et ce ne serait qu’un début.
Bien sûr, la mise en place de cette loi soulève toujours l’argument phare des ultra-riches : « Si on nous taxe, on va partir ailleurs ». Mais s’ils partent, ils doivent vendre leur patrimoine ici. Ils ne peuvent pas mettre leurs immeubles ou leurs hectares de terres dans leurs valises. Pour vendre, ils devront sûrement baisser les prix pour trouver des acheteurs. Et si ce patrimoine revient dans les mains de gens qui ne sont pas des ultra-riches, ce n’est peut-être pas plus mal.
Je vous conseille vraiment d’aller écouter l’interview de Gary Stevenson chez Blast pour commencer, mais aussi d’écouter Gabriel Zucman, qui est très pédagogue. Renseignez-vous, formez-vous… et rappelez-vous que Jordan Bardella est en couple avec la petite-fille Le Pen, l’héritière du domaine de Montretout.
